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  • Syndicat Mixte pour le Traitement des Déchets Ménagers et Assimilés

    Par Martine Bisauta, Présidente du Syndicat Bil Ta Garbi
    Tribune publiée le 28 novembre 2019 dans le journal hebdomadaire Mediabask

    Depuis le 20 novembre dernier, à l’Assemblée nationale, les parlementaires débattent du projet de loi anti-gaspillage et économie circulaire. Cette loi présente des avancées significatives et bienvenues pour la préservation de nos ressources et de notre environnement. Mais derrière ce satisfecit général, une menace plane !

    La « loi coca-cola »…

    Dans cet arsenal législatif, l’article concernant la consigne pour recyclage des emballages de boissons (dont les bouteilles en plastique) torpille le Service public de gestion des déchets ménagers. Un article que je qualifierai bien volontiers de « loi coca-cola ». Lors du congrès des Maires, le président de la République s’est voulu rassurant en indiquant que « rien ne serait fait sans [leur] accord (…) ». Reste à espérer que ce sera le cas car cette pétillante mesure, si elle était votée, pourrait faire dévisser toute la cordée des collectivités en charge de la gestion des déchets ménagers.

    Système privé contre Service public

    Précisons bien que la consigne pour recyclage n’est pas la consigne pour réemploi comme nous l’avons connue avec les bouteilles en verre par exemple. Elle vise ici à développer un système privé de collecte et de recyclage des contenants plastiques de nos boissons préférées au détriment des collectes sélectives instituées depuis près de 30 ans*.

     

    Un marché de dupes !

    Cette consigne pour recyclage des bouteilles en plastique est clairement un marché de dupes ! Pour une consigne estimée à 20 centimes d’euros par bouteille, le gain serait de quelque 410 millions d’euros pour les industriels : consigne non récupérée + vente pour recyclage + exonération de l’éco-contribution.

    Cette marchandisation du geste de tri a de quoi étancher la soif de profits et de rentabilité de certains mais c’est une double peine pour les consommateurs-contribuables que nous sommes !

    D’un côté, le consommateur voit une part de son pouvoir d’achat destinée à la consigne d’un déchet recyclable. De l’autre, en tant que contribuable, il finance (déjà) la récupération des déchets ménagers recyclables via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Une vraie politique du « en même temps » chère à notre Président et un système « gagnant-perdant » des plus intéressant. La TEOM, n’en déplaise à tous, n’est pas près de baisser !

    En retirant au Service public ce gisement de déchets le mieux collecté et recyclé de tous en France, on lui met un genou à terre. On le prive de ressources financières issues de la vente du plastique aux filières de recyclage. Plus qu’ennuyeux, à l’heure où, en ce qui nous concerne, le Syndicat Bil Ta Garbi s’apprête à investir avec ses voisins landais près de 7 millions d’euros dans l’adaptation du centre de tri du pôle Canopia à Bayonne.

    Une adaptation qui répond à l’extension prochaine des consignes de tri à tous les emballages en plastique. Emballages, notons-le, moins rémunérateurs car non recyclables et pourtant toujours mis sur le marché par l’industrie agro-alimentaire elle-même. CQFD !

     

    Une mesure catastrophique sur le plan social

    Pour en terminer, cette mesure est tout aussi catastrophique sur le plan social. En réduisant les volumes collectés et triés par la Collectivité, cette mesure impactera tôt ou tard les effectifs et la qualité du service public. De la même façon, on peut s’interroger sur l’égalité d’accès au service avec une différence de traitement entre le consommateur des villes et le consommateur des champs !

    Quel sera le maillage de la déconsignation des bouteilles en plastique sur le territoire ? Une étude réalisée dans le sillage de ce projet évoque 110 000 points retours en magasin pour l’Hexagone… Le compte n’y est pas pour garantir un geste de tri universel et la continuité territoriale du service pour l’ensemble des citoyens, contrairement au dispositif actuel de collecte sélective.

    Cette mesure semble initiée par la seule volonté des industriels de l’agro-alimentaire, vendeurs de boissons, qui sont actuellement soucieux de réhabiliter l’image de la bouteille plastique jetable à usage unique. Elle « marchandise » un geste de tri qui porte jusqu’ici des valeurs fondamentalement désintéressées avec l’ambition de voir naître des éco-citoyens impliqués dans la préservation de leur environnement.

    Martine Bisauta

    Présidente, Syndicat Bil Ta Garbi

    Réhabiliter l’image de la bouteille plastique à usage unique

    Cette mesure semble initiée par la seule volonté des industriels de l’agro-alimentaire, vendeurs de boissons, qui sont actuellement soucieux de réhabiliter l’image de la bouteille plastique jetable à usage unique. Elle « marchandise » un geste de tri qui porte jusqu’ici des valeurs fondamentalement désintéressées avec l’ambition de voir naître des éco-citoyens impliqués dans la préservation de leur environnement. En monétisant le seul geste de tri aux emballages de boissons, ce projet risque de démobiliser les Français sur tous les autres gestes de tri, eux aussi nécessaires, mais non rémunérés.

    L’enjeu de la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire ne se situe pas dans la mise en place d’une consigne pour recyclage des emballages de boissons. Il est de responsabiliser les industriels pour qu’ils proposent (enfin) des produits éco-conçus, réparables, réemployables et tous recyclables.

    *Loi de 1992 qui institue la mise en œuvre de collectes sélectives pour les déchets ménagers en vue de leur recyclage